Récit de Gooner : « Ce 1er janvier 2017, le temps s’est arrêté deux fois »

Clément Pons, jeune journaliste et supporter des Gunners, livre son récit de son 1er janvier 2017 à l’Emirates Stadium, jour où les Gunners se sont imposés 2-0 face à Crystal Palace en Premier League.

Hier soir, le temps s’est arrêté deux fois – mon récit du 1er janvier à l’Emirates

Happy New Year Gooners! 2017 vient de pointer le bout de son nez et les vœux bienveillants sont de sortie, l’occasion de présenter les miens à toute la team. Bon, évidemment, ils sont ici à mettre en lien avec les résultats futurs de nos gars. Pour éviter tout pronostic malvenu restons classiques: des succès, du beau jeu et un peu plus d’ambiance. Y’a déjà de quoi faire.

La nouvelle année est là, donc, et j’avais la chance de célébrer son arrivée dans le nord de Londres dimanche. Pas trop décalqué de la veille, je rejoins l’Armoury au pied de l’Emirates Stadium pour une visite de l’enceinte que je ne m’étais pas encore résolu à faire. Si vous aussi vous vous posez la question, un conseil toutefois : évitez de la faire les jours de matchs. Il peut vite y avoir beaucoup de monde et vous n’avez pas accès au tunnel d’entrée des joueurs ni aux vestiaires. Will et Luke, les deux guides, nous font arpenter les coursives du Diamond Club, faire une pause sur les sièges chauffants de la Director’s box… Tous les endroits réservés aux personnes TRÈS aisées. On découvre aussi le banc de touche (chauffé également) et la salle de presse entre deux anecdotes sur l’histoire du club et des moqueries sur Tottenham. J’ai trouvé leurs explications intéressantes dans la mesure où elles permettent de mettre en perspective comment a été pensé le stade. Ce qui est marquant c’est ce mix que le club essaie de perpétuer entre ancien et moderne. Dans le couloir d’entrée vers le stade, les souvenirs glorieux sont exhumés pour les joueurs qui jetteraient un œil aux murs avant le match. « Remember who you are, what you are and who you represent » disait le génial et regretté David « Rocky » Rocastle. C’est ce style-là qui est à l’œuvre, comme une identité bien entretenue malgré la disparition du cœur où se forgeait les passions : Highbury… J’ai quand même retenu deux-trois trucs à ressortir : 97% de la pelouse de l’Emirates est naturelle, la pause, le choix et l’entretien de la pelouse a coûté 10 millions de £ au club et le record d’affluence du nombre de journalistes dans la salle de conférence de presse est de 300, après la victoire face au Barça en 2011. Toujours sympa.

Encore deux heures à tuer avant le coup d’envoi. Je me rends au musée (compris dans le prix de la visite du stade) près du Ken Friar bridge. Rénové cet été, il abrite une masse importante d’objets de toutes sortes et revisite au gré du parcours l’histoire complète du football club d’Arsenal. Un must pour tous les fans. L’occasion aussi de jeter un œil aux trophées exposés et de constater l’attraction autour des Invincibles, certains venant même exclusivement pour ça!

Un match a priori comme tant d’autres s’apprête à débuter. Après coup, on se dit quand même qu’on s’en souviendra de celui-là…

Entre temps les conditions météo ont un peu bougé. Il pleut pas mal et un vent froid s’abat sur le nord de Londres. Enfin froid… Pour ne pas dire glacial. Encore une bonne soixantaine de minutes à tuer. Autour de l’Emirates c’est étrangement vide. Je rentre dans l’enceinte pour me mettre à l’abri et constate que beaucoup ont eu la même idée. Les coursives du stade se remplissent rapidement. Pas si fréquent quand on sait l’habitude bien anglaise d’être « just on-time ». Certains supporters jettent un œil à la balade de Tottenham contre Watford sur les écrans. Ça ne se bouscule pas pour aller s’asseoir en tribunes. À 15h50 les gradins finissent quand même par se remplir. Les compositions d’équipes sont dévoilées sur l’écran géant. La première titularisation de Lucas est appréciée autour de moi tandis que Mathieu Flamini reçoit une belle ovation pour son retour. Je suis situé côté North Bank, balcon supérieur, pas loin de la limite avec la West Stand. Vue impeccable sur tous les endroits du pré. Les « potos » de stade se saluent en se souhaitant une bonne année, l’ambiance est chaleureuse et très familiale. Les acteurs pénètrent sur le terrain. Un match a priori comme tant d’autres s’apprête à débuter. Après coup, on se dit quand même qu’on s’en souviendra de celui-là…

Scorpion kick

D’entrée de jeu on voit des gars concentrés et volontaires. Corner dès la première minute, ça s’annonce bien. Quelques instants plus tard tout le monde croit au but sur un centre tendu de Monreal mais Giroud manque son geste et Lucas, surpris, est trop court. Pas de quoi douter pour autant. La maîtrise est clairement pour nous. Et puis, sur un contre magistral après un ballon récupéré à hauteur de notre surface de réparation, le temps s’est arrêté. Deux fois.

Quand Sanchez prend la décision rapide de centrer, le coup d’œil à la position de Giroud, bien plus avancée que le ballon, ne fait pas vraiment de doute sur ce que l’on peut attendre de la fin de l’action. Autour de moi, on anticipe presque le « oh » commun à chaque attaque avortée. Mais le cuir s’envole – on ne sait pas comment – et heurte la barre. C’est la phase nº1. Les yeux écarquillés, le regard ébahi, on est tous suspendus à la direction que va prendre le ballon et choqués par le geste du Français: un coup du scorpion parfait. Absolument parfait. L’un de ceux que ne renie certainement pas son inventeur, René Higuita. La course incroyable de Giroud, la hauteur stratosphérique à laquelle il parvient à placer son pied… Honnêtement rien de tout ça n’est réel encore. Le ballon est en lévitation après avoir frappé la barre. On a tous la bouche ouverte dans l’attente d’un signe du destin.

Un moment de magie s’est abattu sur l’Emirates, et l’onde de choc gagnera le monde entier.

Une fraction de seconde plus tard – qui paraît une éternité à ce moment précis – les choses se matérialisent enfin. Le filet tremble. Sur les visages c’est un autre sentiment qui apparaît : l’incrédulité laisse place à l’extrême satisfaction. Plus que les bras qui pointent vers le ciel, c’est le murmure des « WTF » qui me saisit. Tous ces sourires qui ne réalisent pas ce qu’ils viennent de voir, qu’ils sont en train d’assister à une œuvre d’art. Personne ne cherche alors à le comparer avec quoi que ce soit. Un moment de magie s’est abattu sur l’Emirates, et l’onde de choc gagnera le monde entier. Chacun lance un adjectif en direction de son voisin, y compris moi. Unbelievable! Crazy! Brilliant! L’écho des 66 000 spectateurs regardant les ralentis du but sur les écrans géants du stade reste gravé. Ne me demandez pas ce que j’ai vu de la célébration du but, je n’en ai absolument aucune idée. Mais une autre image me reste en tête. La seconde période va débuter, le ralenti est à nouveau diffusé et Giroud y jette un œil. Son regard plein de surprise, de fierté aussi, en dit long. Il se mord la lèvre inférieure lorsque Cabaye s’approche de lui pour lui en toucher deux mots. Peut-être sent-il déjà venir le buzz. Inévitablement, je crois que je ne peux pas m’empêcher de penser aux critiques récurrentes dont il fait l’objet de la part d’anciens joueurs, du public (hors Gooners) surtout. On sait tous que c’est un joueur qui tire le maximum de son potentiel de façon incroyable, qu’il a un mental exemplaire mais qu’il ne plantera sûrement pas 30 buts par saison. Mais ce but hier, ce match, resteront à jamais le sien. À l’image du vocabulaire photographique, cet instantané lui appartient pour l’éternité et aura vocation, plus tard, à être encore raconté.

La seconde période est passée en un éclair. Le froid anesthésie une bonne partie du public, devenu un peu plus spectateur que lors du premier acte. Hormis quelques frayeurs, le ballon continue à bien circuler et Iwobi inscrit logiquement le second but. Une histoire de barre, là encore, mais qui vient souligner le bon match en position de nº10 du produit de l’Academy. Les ratés en fin de match ne viennent pas perturber la victoire logique et resteront anecdotiques au regard de la folie rencontrée un peu plus tôt. À la 17e minute d’un match Arsenal – Crystal Palace, le 1er janvier 2017, sous la pluie de Londres. Un éclair de génie qui l’espace d’un moment a réchauffé un public transi de froid. Et, surtout, marqué l’histoire. Tout simplement l’un des plus beaux buts que j’ai eu la chance de voir dans un stade de foot, peut-être avec celui inscrit par Sonny Anderson avec Lyon à Gerland face à l’Inter Milan un soir d’octobre 2002.


Merci à Clément pour ce « Récit de Gooner » sensationnel ! Vous pouvez le retrouver sur Twitter sous le compte @PonsClement.

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