Hector Bellerin s’engage contre un football aseptisé: les joueurs doivent prendre position !

S’il reprend du poil de la bête sur le terrain, c’est sur des sujets de société – de politique presque – que le latéral espagnol Hector Bellerin garde sa position. 

On peut lui reprocher beaucoup sur le plan sportif, mais Bellerin n’a jamais dévié de sa ligne de conduite en ce qui concerne ses engagements personnels. Souvent raillé sur les réseaux sociaux, en raison notamment de son régime alimentaire vegan, le jeune espagnol affirme une nouvelle fois ses combats. Et cette fois-ci, aux côtés de ses combats habituels contre le plastique et pour la protection des animaux et de l’environnement, Bellerin critique ouvertement les footballeurs qui ne prennent pas position sur les problèmes graves de société. Le footballeur porte une voix qui doit lui servir pour entraîner des mouvements de lutte contre des problèmes sociaux, raciaux et environnementaux.

Retrouvez l’intégralité de l’interview que l’Espagnol a donné au site officiel du club.

Les enjeux globaux qui l’inspirent ou le contrarient… 
“En matière de problèmes sociaux, je crois que les footballeurs disposent d’une tribune énorme qu’ils devraient utiliser bien plus qu’ils ne le font. Je sais que c’est très confortable pour nous de nous asseoir chez nous et de rester avec notre famille, nos enfants, nos amis et de ne penser à rien d’autre. Avec la voix que nous portons, nous devrions être de ces gens qui s’indignent des problèmes sociaux, de ce qui se passe dehors, pour pouvoir avancer ensemble, en tant que société. Il y a tellement de choses pour moi… Le climat en est une très importante, se nourrir à base de plantes, être vegan, toutes ces choses dans lesquelles je m’implique. Le plastique c’est un très gros problème aussi. J’ai grandi sur le littoral de Barcelone, et quand j’y retourne aujourd’hui et que je vois tous ces déchets dans la mer, ça me rend vraiment triste pour les générations futures. Il y a tellement de choses que nous pourrions faire afin d’aider en tant que footballeur.” 

Le clash des générations et une jeune génération qui n’est pas intéressée par les problèmes sociaux… 
“Je pense que c’est très différent. La nouvelle génération, pas seulement la mienne mais la future génération aussi, est très conscience de ce qui se passe. Il y a tellement d’informations sur internet, en streaming, ils soulèvent ces problèmes. Les jeunes essaient de se battre pour un monde d’égalité, où tout le monde est est traité de la même façon et s’entraide. Nous voulons prendre soin de notre planète, nous voulons la rendre meilleure. Mais on a l’impression que ceux qui la dirigent veulent le contraire: ils veulent séparer les gens, ils veulent faire encore plus dégâts à cette Terre quand nous voulons faire le contraire. Alors si la jeunesse conserve le même état d’esprit, cette ouverture d’esprit et ce sentiment que nous pouvons construire un meilleure monde que celui dont nous disposons aujourd’hui, je suis sûr que cela arrivera et que nous nous sentirons tous mieux.”

Les footballeurs comprennent qu’ils disposent de cette tribune… 
“Parfois, ils ne le comprennent pas, et parfois si, mais ils préfèrent rester chez eux sans s’impliquer dans ces débats. Quand je soulève ces problèmes, on me répond toujours de manière violente “Reste au football”, mais ce n’est pas le but. Ce sont des problèmes que chacun voit mais certains essaient de les cacher. Quand vous avez cette voix, cette tribune et les soutiens, vous avez une influence. Des enfants grandissent en voulant être comme vous – et même certains adultes voudraient avoir des enfants comme nous, ou vivre la vie que nous vivons. Il n’y a pas meilleure position que la nôtre pour se dresser contre ces problèmes sociaux, raciaux ou environnementaux. C’est notre devoir de faire tout ce que nous pouvons.”

La raison qui pousse les footballeurs à ne pas se positionner…
“Il y a toute sorte de problèmes. J’ai l’impression que l’industrie du football veut que nous restions très calmes et que nous jouions. Le code dans ce cercle est que les footballeurs ne peuvent pas faire autre chose que de frapper dans un ballon. C’est un cliché, donc quand un footballeur sort du cadre, il est toujours vu comme quelqu’un qui n’est pas suffisamment concentré sur le football. Comme je l’ai dit, nous avons beaucoup de temps et comme tout humain nous avons des préoccupations et des inquiétudes. Nous devrions prendre position sur ces choses. Aux Etats-Unis, ils ont une longueur d’avance sur tout ça. Beaucoup de joueurs ont parlé de leurs problèmes psychologiques. C’est quelque chose qui est resté tabou, surtout pour les hommes. Par la suite, c’est Danny Rose qui en a parlé. Toutes ces questions, qui étaient encore des tabous pour les hommes, il est important d’en parler en tant que footballeur, parce que cela nous permet de nous libérer de nos chaînes, et de commencer à aller de l’avant, l’esprit ouvert.”

En parler maintenant pour créer un effet domino… 
“Prenez les choses comme ça: Imaginez un enfant qui ne se sent pas bien. C’est un ado et il sait très bien qu’il a un problème mais a peur parce qu’il ne sait pas ce que sa famille ou ses amis penseront de lui. Et un joueur qu’il admire, Danny Rose, parle de ça, cela va probablement donner la force à cet enfant de parler de tout ça. Et il pourra se remettre et avancer. Il y a tellement de gens dans cette situation qui ne savent pas qu’ils ont un problème avant d’arriver à réfléchir et se dire: “Ce mec a dit ça, peut-être que j’ai le même problème, peut-être que je devrais en parler et le résoudre.” Il y a tellement de choses positives à tirer du fait de soulever des problèmes et de montrer à tout le monde que nous sommes humains. Nous ne sommes pas des machines, nous sommes bons à ce que nous faisons, nous avons du talent et nous travaillons très dur mais parfois on dirait que c’est tout ce que sommes capables de faire, jouer au football. Non. Nous sommes humains, nous avons une vie, des familles et des problèmes, des soucis, et c’est important d’en parler pour que certaines personnes puissent s’identifier à nous.” 

Une éventuelle carrière en politique après sa retraite… 
“Je ne crois pas. J’ai été très impressionné par l’histoire de George Weah. Je savais qu’Arsène était très proche de lui. Il nous avait parlé de lui quelques fois dans certaines causeries. Nous savions ce que cela signifiait pour lui de le recruter, et ce que cela signifie aujourd’hui de le voir devenir président du Liberia. C’est incroyable de voir que le pouvoir du football peut vous ouvrir une opportunité de prendre tous ces problèmes et devenir président de votre pays. Quand il s’agit d’aider votre pays et de permettre aux gens d’avancer, c’est incroyable. Parfois, les gens m’envoient des messages pour me dire qu’ils boivent la même eau que moi, qu’ils ont abandonné le pastique, cela me rend très heureux, même si ce n’est qu’une personne. J’ai parlé du problème du plastique il y  a quelques mois. Des enfants d’une école du nord de Londres l’ont vue et j’ai reçu 400 lettres d’enfants de cette école me disant qu’ils m’avaient vu. Ils ne sont que de jeunes enfants mais déjà conscients des dégâts que cela cause. Ils ont écrit au sujet d’une vidéo d’une baleine échouée, c’est triste. Quand vous pouvez influencer les gens, même un petit groupe, ça vous rend heureux et vous fait oublier tout le négatif que les gens disent de moi. Cela me rend 1000 fois plus heureux que les autres choses qui me rendent tristes.”

Combiner plein de petits changements pour faire une grande différence… 
“Bien sûr. J’ai vu des gens dirent ‘C’est un coup d’épée dans l’eau’. C’est ce que disent des millions de gens et c’est comme ça. Beaucoup de gens pensent que ce message ne peut pas s’adresser à eux parce qu’ils sont seuls dans un monde gigantesque. Mais si tout le monde s’y met pour de bon, cela pourrait économiser des tonnes d’eau, de plastique, d’animaux. On ne peut pas vivre dans un monde parfait, et nous ne pouvons probablement pas éliminer le plastique entièrement. Mais s’il y a une chose que vous n’achetez pas, ou n’utilisez pas, et que vous la remplacez par quelque chose de meilleur pour le monde, on pourrait y arriver. Avec tout le monde.” 

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