‘Il faut tirer le maximum de chaque joueur’ – Longue interview d’Unai Emery pour Skysports

Ce matin, Skysports publiait une très longue interview d’Emery. Après 8 mois passés au club, il était temps de tirer les premiers enseignements de la saison auprès du manager espagnol. Retrouvez l’intégralité de cette interview traduire pour vous, par nos soins. De rien.

Au printemps passé, alors qu’il s’apprêtait à donner une nouvelle direction à Arsenal et à faire face à l’un de ses plus gros défis, Unai Emery se remémorait une phrase qu’il avait entendu bien des années plus tôt dans la bouche du manager espagnol Javier Irueta.

« Il disait que quand quelque chose change, c’est dans le but de changer quelque chose. » Huit mois plus tard, dans les quartiers généraux d’Arsenal à Colney, il tente aujourd’hui d’expliquer sa façon de mettre en pratique cette maxime.

« Quand un club change de manager, c’est parce qu’il veut quelque chose de nouveau. Le défi est d’identifier les bonnes choses – celles qu’il faut conserver – mais celles qu’il faut modifier et améliorer. Ici, de toute évidence, il y avait beaucoup de choses à modifier et améliorer. »

Ce processus est continu. Emery est déjà parvenu à revoir l’approche d’Arsenal dans la préparation et les entraînements, insistant davantage sur l’intensité physique et cette volonté absolue de voir son équipe jouer au sol et construire depuis la défense. Une série de 22 matches sans défaite – la plus longue du club depuis plus de 10 ans – et en point d’orgue une victoire 4-2 face au rival Tottenham dans un Emirates Stadium bouillant, ont fait montre de la bonne application de ces nouveaux principes.

Mais récemment, l’optimisme a laissé place à la frustration. Arsenal pointe à la 5ème place du classement, 6 points derrière le Top 4. La défense apparait toujours aussi vulnérable et les questions fusent. La récente défaite 5-1 face à Liverpool a fait revivre aux fans d’Arsenal les vieux démons des dernières saisons d’Arsène Wenger. La défaite sur le terrain de West Ham 1-0 fut un énième coup dur. Ce climat sportif tendu est également renforcé par des incertitudes structurelles et le possible (probable) départ de Sven Mislintat.

‘Nous étions conscients des difficultés de ce processus.’

De toute évidence, les Gunners ne sont pas là où ils souhaiteraient être. Les nouveautés sportives n’ont pas apportées de réponses claires aux problèmes aperçus lors des dernières saisons d’Arsène Wenger. Mais Emery est malgré tout convaincu qu le club va dans la bonne direction.

« Il y a des progrès positifs de la part du club et de l’équipe dans l’adaptation. Mais il est vrai que nous ne sommes pas dans nos objectifs de finir dans le Top 4 et nous qualifier pour la Ligue des Champions. Le niveau est très compétitif. »

« Mais d’abord, je crois que nous avons encore le temps d’y parvenir. Et ensuite, nous étions conscients des difficultés de ce processus. Le plus important est d’être conscients que les difficultés arriveront, et d’être capables de faire des progrès malgré cela. C’est l’idée. C’est de permettre à Arsenal de les faire revenir au niveau qui est le leur, mais ça demandera du temps. »

La patience n’est évidemment pas un maitre mot du football moderne qui ne laisse que très peu de places aux projets sans résultats immédiats, mais Emery insiste sur la particularité de la culture anglaise. Il prend exemple de la façon dont Wenger a eu l’opportunité de transformer Arsenal en profondeur après une première partie de règne étincelante. Il évoque également les reconstructions réussies de Liverpool et Manchester City par Jurgen Klopp et Pep Guardiola après des débuts difficiles.

« Après mes expériences en Espagne, en Russie et en France, j’ai la certitude qu’ici, les gens voient le football différemment. Quand bien même les équipes sont plus fortes dans un championnat plus compétitif, je crois que les fans sentent le football au plus profond de leur cœur. Le fait de l’emporter, de perdre ou de faire match nul est très important, mais il y a toujours un profond respect qui va au-delà du résultat. »

« Ce qui te laisse l’opportunité de travailler de manière plus progressive, en partant des bases sans uniquement avoir en tête les résultats parce que parfois un résultat peut cacher des fondations solides. »

« En tant que manager, je me suis toujours mis la pression du résultat. Vous savez très bien que le fait de gager vous permettra soit de poursuivre ce que vous faites, soit de trouver un autre projet. Et vous savez que si vous perdez, on ne vous proposera plus de projets. »

« Mais à Arsenal, c’est peut-être la première fois qu’on me laisse l’opportunité de construire en partant de la base pour finir par arriver où je veux que l’on soit. Cela nous permet de travailler sur du plus long-terme – au moins, sur du long-terme au sens du football moderne. Cela apporte un soutien nécessaire au travail que nous voulons faire dans ce club. »

‘Nous sommes dans une transition qui demande de trouver un équilibre.’

Si la première partie de saison nous a appris quelque chose, c’est qu’Emery doit en priorité trouver une solution afin de mettre fin aux problèmes défensifs de son équipe. Et même s’il n’a sans doute pas été aidé par les blessures ou l’état dans laquelle cette défense se trouvait au départ de Wenger, les chiffres restent alarmants. En 22 journées de Premier League, Arsenal a déjà concédé plus de buts que lors de n’importe quelle saison du club sous son prédécesseur.

« Nous avons réussi à améliorer certaines choses mais d’autres demandent plus de temps, et la régularité défensive en fait partie. Nous avons encore beaucoup de travail à faire. » 

La question se pose alors de savoir si ces problèmes sont d’ordre individuel ou collectif ?

« Je crois que c’est un peu de tout. Quand je suis arrivé, nous avons discuté d’Arsenal avant l’arrivée de Wenger, un Arsenal régulier, solide défensivement mais qui manquait de talent offensif. La transition sous Wenger a permis de profiter de cette assise défensive et d’ajouter plus de qualités en attaque, ce qu’était l’Arsenal victorieux. » 

« Mais dans les dernières saisons, tout est devenu différent. C’était une équipe qui était toujours aussi talentueuse offensivement, avec des joueurs techniquement très forts, mais avec un très faible niveau de solidité défensive. » 

« Nous sommes dans une transition qui demande de trouver un équilibre. » 

« Je ne veux pas perdre toutes les bonnes choses dont cette équipe dispose. A certains moments, nous n’avons pas été solides défensivement mais nous l’avons quand même emporté parce que nous avons été capables de créer des choses offensivement. Donc, pour le moment, j’apprends toujours à faire en sorte que l’équipe ne perde pas ce qu’elle a en elle. Mais oui, c’est que nous devons faire de bien meilleures choses défensivement. » 

‘Il faut créer des désaccords avec les footballeurs’

Si la défense d’Arsenal soulève de nombreuses difficultés pour Emery, le cas Mesut Ozil en fait de même. L’Allemand, titulaire indiscutable sous Wenger – un statut affirmé par sa prolongation en février dernier – n’est pas aussi présent cette saison. Son absence de l’équipe lors du déplacement à West Ham a fait grossir les incertitudes quant à son avenir chez les Gunners.

Aaron Ramsey a également perdu sa place de titulaire à l’arrivée d’Emery. Alors qu’il semblait rentrer dans les plans du manager espagnol, le club a retiré son offre de prolongation, permettant au Gallois de s’engager dès maintenant au profit d’un club étranger et de quitter gratuitement le club à la fin de la saison. Cette volonté d’Emery de rebattre les cartes ne s’arrête pas là puisque ses choix d’équipe se sont montrés très compliqués à lire. Des choix étranges qui font d’Emery l’entraîneur qui réalise le plus de remplacements à la mi-temps des matches.

Son audace a été récompensée plusieurs fois cette saison mais ont plus souvent laissé les supporters pantois. Mais une stratégie plus large pourrait-elle être en jeu ? Emery, un étudiant appliqué en psychologie, co-auteur de Mentalidad Ganadora (Esprit gagnant) se frotte les mains et réfléchit.

« A certains moments, il faut créer des désaccords avec les footballeurs. »

« Vous pouvez tirer des choses de ces frictions, quelque chose de profond, un sens de l’ambition voire même un reproche – un reproche au sujet de l’équipe peut être positif. » 

« En tant que manager, il faut être prudent parce que cette friction peut rompre une relation. Mais je crois qu’il faut toujours chercher à tirer plus de choses, individuellement et collectivement, lors de conversations tranquilles et d’autres un peu moins. » 

« Au final, la chose principale est que chaque joueur fasse profiter de ses qualités à l’équipe. Et en tant que manager, vous devez tirer le maximum de chaque joueur et être certain qu’il s’intègre au reste du groupe pour que tout le groupe en bénéficie. » 

Il est encore compliqué de savoir si Emery parviendra à trouver cet équilibre avec Ozil, mais il est certain que l’Allemand n’est pas le seul joueur que le manager et son staff challengent.

« Nous savons que nous devons mettre les joueurs sous pression, les pousser. Donc un joueur qui donne 70% doit en donner 80%. S’il donne 80%, il doit en donner 90%. Il y a toujours un étape supplémentaire, un nouveau palier. La psychologie peut aider à la trouver. » 

‘Il faut continuer, ne jamais s’arrêter.’

Emery parle avec la même intensité que celle qui est la sienne dans sa zone technique au cours des rencontres. Et selon ses propres mots, le football l’obsède. Joaquin, l’ancien international espagnol qui est passé entre les mains d’Emery, a plaisanté en affirmant qu’il ne lui manquait plus que le pop-corn lors de ses sessions d’analyses vidéos. Cette saison, certains joueurs d’Arsenal ont évoqué son attention du détail.

L’approche maniaque d’Emery lui a permis de rencontrer le succès, dont une série historique qui l’a vu emporter trois Europa League consécutives avec le FC Séville. Malgré cela, le manager est toujours à la recherche de possibles améliorations.

« Quand j’étais joueur en seconde division espagnole, mes contrats ne duraient jamais plus de 2 ans, donc on me demandait tout le temps d’être performant et de donner le meilleur pour signer un nouveau contrat. Je n’ai jamais appelé ça pression, j’ai toujours appelé ça de l’exigence… Je devais le faire. Je devais gagner. Je devais jouer. Je devais bien m’en sortir. » 

« Ces messages étaient constamment dans ma tête. Donc en tant que manager, d’abord à Lorca et Almeria en Espagne, c’était la même choses. Et cela voulait dire y consacrer beaucoup de temps. Je dois le faire. Je dois gagner. Je dois bien préparer les matches. Je dois avoir la meilleur équipe. Je dois faire le meilleur travail possible. Je dois l’apprendre à mes joueurs parce que c’est le meilleur moyen de gagner. » 

« Cette attitude m’a donné les bases de mon travail mais aussi l’envie de toujours trouver de nouvelles solutions, parce que le football évolue tout le temps. Par exemple, à l’époque, quand j’ai dit que je devais incorporer la vidéo dans ma méthode, quelque chose que je n’avais jamais fait, j’ai du trouver le meilleur moyen de l’utiliser et de montrer à mes joueurs la façon dont ils pouvaient s’améliorer et ce qu’ils devaient faire pour être meilleurs. » 

« Tout le monde utilise la vidéo aujourd’hui, mais à l’époque l’analyse de l’adversaire était plus simple. Il était donc questions de trouver une façon de chercher encore plus pour satisfaire ce besoin de victoires et ce besoin d’être meilleur. » 

Cette philosophie explique également pourquoi, en 15 ans, depuis Lorca et Alméria jusqu’à Arsenal en passant par le PSG, Emery n’a jamais pris plus de quelques mois de congés entre ses jobs.

« Il faut continuer, ne jamais s’arrêter. La chose la plus importante pour moi, c’est que je n’ai jamais arrêté d’entraîner. J’ai aussi la chance d’avoir dans mon entourage des gens qui me poussent et j’ai toujours la possibilité d’apporter de l’énergie positif à mon travail. Mon secret n’est rien d’autre que de travailler dur. » 

‘Tout joueur est une personne avant d’être un footballeur.’

Sa constante volonté d’amélioration, Emery l’applique autant aux joueurs qu’à lui-même. Sa récente déclaration selon laquelle Arsenal ne pourrait pas recruter de joueurs en janvier autrement qu’en prêt a immédiatement provoqué la colère des supporters. Mais cette déclaration fut dite par un manger qui avait d’autres priorités. L’obsession d’Emery ne réside pas dans le recrutement mais dans le fait de tirer le meilleur des joueurs dont il a déjà à sa disposition.

Ce fut sa méthode de travail à Valence et Séville, où des joueurs clés furent constamment vendus pour des raisons purement économiques, et cela a contribué à un développement impressionnant. Juan Mata, Jordi Alba, David Silva et Ivan Rakitic sont autant de joueurs d’Emery a participé à améliorer. Son règne au PSG ne fut pas sans difficultés mais Kylian Mbappé salua son influence.

« La chose la plus satisfaisante en tant que manager c’est de réussir à améliorer les performances d’un joueur. Il y a toujours un risque lorsqu’on accorde plus d’attention à un joueur plutôt qu’un autre, mais ma plus grande satisfaction, tout autant que les performances collectives et les victoires, est que les joueurs, sur le plan individuel, finissent par progresser et fassent des pas en avant. » 

C’est donc ce qu’il le motive à Arsenal.

« Ces joueurs ont une énorme envie de travailler, d’écouter et d’apprendre. »

« J’ai une bonne entente avec eux, mais en tant que manager il est important de comprendre que chaque joueur est une personne avant d’être un footballeur. C’est la même chose avec Neymar que j’ai entraîné au PSG, ou n’importe quel joueur que j’ai eu à Lorca. Ce que je fais c’est essayer d’interagir avec eux sur le plan personnel pour mettre en place mes objectifs et mes attentes. »

Emery affirme, que malgré cela, c’est au final aux joueurs de prendre leur part de responsabilités.

« J’ai toujours dit qu’un joueur ne le reste que pour 10, 12 ou 15 ans. Pour vivre le maximum de votre carrière – ce que vous voulez évidemment – vous devez adorer votre travail. Vous devez le sentir, y consacrer du temps – tout le temps que vous pouvez y consacrer. » 

C’est le genre de mentalité qu’Emery attend de ses joueurs. Et c’est avec cette même mentalité que le manager espagnol a approché ce nouveau défi à Arsenal. Peut-il bâtir une équipe à son image ? Peut-il reconstruire et assurer le futur du club en s’assurant qu’il ne souffre pas à court-terme ? Cela fait 8 mois qu’Emery a été nommé, 8 mois depuis ses premiers pas vers l’inconnu, mais le travail vient tout juste de commencer.

Source: https://www.skysports.com/unaiemery

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