La lettre ouverte d’Aaron Ramsey: les adieux d’un grand monsieur d’Arsenal

La saison n’est pas finie, les rendez-vous capitaux arrivent mais on reste sur la fin d’un chapitre. La fin officielle de l’ère Baby Gunners avec le départ d’Aaron Ramsey. Et il est temps de découvrir sa lettre d’adieu. 

Il est arrivé en 2008. 11 ans plus tard, le Gallois part en très grand de ce club. En vainqueur et joueur essentiel des trois victoires en FA Cup. En joueur ayant le coeur rouge et blanc à jamais. Découvrez la lettre d’adieu et de remerciement de Rambo après sa dernière apparition sur la pelouse de l’Emirates.

« Mon premier jour à Arsenal ? C’était le plus intimidant de ma vie.

Tout me semblait être un énorme tourbillon. Un mois plus tôt, j’entrais en jeu avec en finale de la FA Cup avec Cardiff et là… je me garais à côté de ces voitures luxueuses à Colney.

Le simple fait de regarder ces voitures de sport m’a permis de réaliser à quel point j’étais loin de l’époque où je conduisais ma Ford Fiesta verte à Caerphilly, mais ça m’a encore plus frappé quand j’ai pénétré dans le vestiaire pour la première fois. Je n’avais connu que Cardiff et je venais à peine d’être un régulier de l’équipe première cette saison-là, et là j’étais sur un terrain d’entrainement d’un club de Premier League, sur le point de rencontrer beaucoup d’internationaux. C’était simplement surréaliste.

J’avais seulement 17 ans à l’époque et une chose n’arrêtait pas de me venir à l’esprit était de me demander « Vont-ils même savoir qui je suis ? » parce que je n’avais joué que quelques matches avec Cardiff. Sincèrement, je ne croyais pas qu’un seul d’entre eux ait entendu parler de moi, ou m’ait vu jouer !

Tout cela me semble assez confus aujourd’hui, mais je me souviens être entré dans le vestiaire et m’être présenté à Cesc Fabregas, Williams Gallas, Robin van Persie et Tomas Rosicky. Ils étaient tous géniaux, des joueurs reconnus mais je redoutais qu’ils aient un a priori sur moi. Ils me regardaient en se disant « Mais qui c’est ce mec ? ».

J’en étais conscient à ce moment-là, donc j’ai gardé la tête basse les premières semaines et j’ai essayé de m’entrainer du mieux possible pour obtenir leur respect de la sorte. C’était finalement la clé pour moi, j’étais assez calme donc j’ai travaillé et laissé mon football parler pour moi. Beaucoup trouvent ça marrant étant donné que je suis bruyant maintenant mais j’étais timide à l’époque, mais à l’époque il était seulement question de garder la tête baissée et apprendre le plus possible de tous les joueurs m’entourant.

Après tout, j’avais encore tant de choses à apprendre. J’étais habitué au rythme et au niveau d’entrainement de Cardiff, et mes premières sessions à Arsenal ont été une grosse progression. Lors de ma première session, nous avions fait beaucoup de travail avec les mannequins et de passes à une touche, et je me suis senti bien en-dessous du niveau de la Premier League. La qualité, la précision et la propreté des passes étaient bien au-dessus de ce à quoi j’étais habitué, donc j’ai du me concentrer davantage et me remettre en question.

Au départ, la courbe d’apprentissage était abrupte mais j’ai toujours conservé un objectif en tête: devenir le meilleur joueur possible. J’ai réalisé que je devrais travaillé plus dur que jamais mais que j’aurais l’opportunité d’atteindre ce niveau à Arsenal un jour ou l’autre.

Et pas seulement ça, ce club m’a donné l’opportunité de continuer à régulièrement jouer avec l’équipe première alors que je n’étais encore qu’un adolescent. C’était l’un de mes doutes en quittant Cardiff, que je devrais m’attendre à un peu moins de jeu en arrivant ici, mais ça n’a jamais été le cas.

Je suis évidemment reconnaissant envers le club pour l’opportunité et également envers Arsène Wenger qui m’a donné la tribune pour m’exprimer et réussir, particulièrement au début. Dans un court laps de temps, j’ai pu apprendre tellement de lui et de joueurs de classe mondiale qui m’entouraient. Je les regardais attentivement, particulièrement les milieux de terrain, et j’essayais de prendre certaines de leurs qualités et faire de moi un joueur plus complet. L’explosion de vitesse de Tomas, le contrôle et le toucher de Samir, les passes en une touche de balle de Cesc… Je choisissais ce que j’aimais dans leur jeu et j’essayais de l’ajouter au mien.

Il n’était pas seulement question d’observation. Je savais qu’il était possible de leur parler et leur demander des conseils au besoin, et parmi tous les joueurs d’expérience qui m’ont aidé, Cesc était celui qui m’encourageait et me soutenait tout le temps pendant les sessions d’entrainement. Il jouait à mon poste à l’époque et son nombre de passes décisives et de buts qu’il inscrivait ainsi que sa qualité de passes était tout simplement brillante.

En y repensant, je ne crois pas pas que vous réalisez sur le moment à quel point les autres peuvent avoir un impact énorme sur votre carrière. C’est peut-être une de ces choses que l’on tient pour acquis, quelque chose que vous ne considérez pas parce que vous prenez votre envol et vous percez dans l’équipe première et vous devez simplement vous concentrer sur le prochain match. Enfin, c’était le cas jusqu’à cette soirée de février 2010.

Je me souviens clairement ce qui s’est passé. Après le tacle, j’ai vu que ma jambe était brisée et était d’équerre dans le vide. C’est là que j’ai craint le pire. Je n’avais que 19 ans, ma jambe n’allait pas bien et je ne savais pas ce qui allait se passer par la suite.

L’équipe médicale est arrivée et m’a donné de l’oxygène, la seconde d’après j’étais dans une ambulance. Sur le chemin de l’hôpital, les médecins m’ont d’emblée affirmé qu’on s’en sortirait, et que je serais vite de retour sur les terrains. J’y ai cru, et l’équipe médicale et les spécialistes ont directement eu la certitude que je pouvais le supporter mentalement.

Ils ont du déplacer ma rotule, mettre une tige de métal au milieu de l’os et l’attacher avec des vis. A partir de là, le nouvel os a commencé à pousser et il n’était question que d’avoir foi en les médecins qui m’entouraient pour être de retour en forme.

J’ai aussi été soutenu par mon incroyable famille et mes amis, ce qui m’a beaucoup aidé pendant cette période. Être avec eux, les voir plus que d’habitude, était vraiment bien. Ils ont été d’une très grande aide. Et à côté de ça, j’ai aussi reçu un très grand soutien de fans du monde entier. 

Il y a eu 80,000 messages sur le site du club et j’ai reçu de nombreuses lettres – même en provenance de fans de Tottenham – disant que j’étais un joueur talentueux, et qu’ils espèraient me revoir le plus vite possible. 

Tout ce soutien m’a aidé à revenir à l’entrainement dès octobre, huit mois après la blessure, sans pour autant me sentir bien. Je commençais à courir à nouveau mais en réalisant quelques passes, je me suis mis à réaliser que tout n’était pas revenu dans mon jeu, donc le boss a décidé de m’envoyer en prêt à Nottingham Forest et Cardiff pour emmagasiner du temps de jeu. 

En revenant à Arsenal, il me fallait reprendre confiance en mon corps. Une fois que c’était fait, les choses se sont mis à revenir en ordre et à bien se passer. Vous savez, à partir du moment où vous êtes victime d’une telle blessure, reprendre entièrement confiance en son corps demande du temps mais après deux saisons, j’ai senti que c’était le bon moment et je l’ai fait pendant la saison 2013/2014. 

Le boss a beaucoup discuté avec moi après ma blessure et me disait toujours: « Ne te laisse jamais atteindre, parce que tu sais ce dont tu es capable ». Je crois l’avoir montré cette saison-là et c’est parce que je ne me préoccupais plus de ce qui s’était passé avant. Je le refoulais, me concentrais sur ma faculté à jouer, à mettre tout l’engagement possible dans mes tacles et pour la première fois en trois ans, j’ai joué libéré. Totalement engagé dans tout. 

J’ai fait tout ce que j’ai pu cette saison pour ne pas avoir de regrets. J’ai inscrit 16 buts et délivré 9 passes décisives en 34 matches cette saison-là – avec de très jolis buts parmi tous ceux-là ! La volley contre Norwich, la frappe contre Liverpool et celui inscrit face à Sunderland, mais mon préféré s’est déroulé à Wembley. 

Marquer un but victorieux en finale de la FA Cup était ce dont je rêvais enfant, le réaliser était incroyable et cela restera toujours en moi. Je me souviens de ce ballon arrivant sur Oli d’une façon ou d’une autre. Je me souviens avoir fait un appel afin de me donner une possibilité de réaliser une talonnade. Je n’ai même pas eu à allonger les foulées, c’était une de ses passes que vous pouvez reprendre en une touche. J’ai réussi à bien reprendre le ballon qui est allé se loger dans la lucarne. 

L’émotion instantanée était écrasante. C’était un match qui avait tout, et le sentiment était simplement immensément fort pour moi. Au coup de sifflet final, le sentiment n’a été que de la libération d’avoir enfin soulevé le trophée que je rêvais de gagner dès mon arrivée en 2008. 

Ce but compte énormément pour moi et est en haut de ma liste de mes plus grandes réussites. Avoir eu la chance de soulever ce trophée deux fois de plus – et marquer un autre but en finale contre Chelsea – est incroyable. 

Vous savez, tellement de choses se sont passées depuis que je suis au club. Sur le terrain, j’ai joué aux côtés de joueurs de très grande classe et remporté des trophées, et j’ai construit une famille hors du terrain. Mes responsabilités sont assez différentes qu’au moment où je me garais sur le parking de Colney pour la première fois il y a des années. 

Cela représente 11 ans de ma vie et tant de choses se sont passées dans ma vie sur et en dehors du terrain. J’ai grandi ici. Je suis simplement reconnaissant de la chance que l’on m’a offert de pouvoir jouer pour ce club tant d’années. 

Les fans m’ont toujours soutenu toutes ces années. Il y a eu quelques bas mais beaucoup de hauts et le lien est très fort parce que je suis à Arsenal depuis longtemps et ils ont été à mes côtés envers et contre tout. 

Ils ont vu cet adolescent grandir pour devenir un homme, et ont toujours été bons envers moi. Tout dans ce merveilleux club va me manquer, et maintenant que j’ai dit au revoir, je pense qu’il n’y a qu’une seule autre chose à dire… 

Merci

Aaron Ramsey »

Source: https://www.arsenal.com/news/aaron-ramsey-my-own-words

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