La Lettre Ouverte de Joe Willock : l’aventure ne fait que commencer

Après son doublé ce week-end en FA Cup, Joe Willock était au centre de toutes les attentions. Le jeune Anglais de 19 ans commence à apparaître de plus en plus régulièrement avec l’équipe première et a déjà démarré trois matchs cette saison pour les Gunners dont deux en Europa League, compétition où il a inscrit son premier but en professionnel. Sur le site officiel d’Arsenal, Willock a profité du moment pour commencer à prendre du recul sur son parcours, assez chaotique à ses débuts, et remercier sa famille. Le petit Joe est en effet le dernier d’une fratrie de 3 garçons tous passés par l’académie d’Arsenal. Si les deux premiers sont partis, de son côté, Joe a faim et compte bien associer le nom de Willock au blason au canon. Play for the name on the front of the shirt and they’ll remember the name on the back!

 

« Voici un truc que vous ne saviez sûrement pas sur moi : quand j’étais plus jeune, j’avais une jambe plus longue que l’autre. »

« Je ne m’en rendais pas vraiment compte à l’époque parce que mon corps grandissait beaucoup mais c’est rapidement devenu un problème. Je me rappelle que mon père était en train de nous mesurer mes frères et moi quand il s’est rendu compte du problème. Il s’est rendu compte qu’un de mes genoux était légèrement plus haut que l’autre. »

« Je n’ai rien dit à personne à l’époque, j’ai juste essayé de continuer à jouer au football et à m’entraîner autant que je le pouvais. Mais ensuite tout s’est compliqué. Le fait d’avoir une jambe plus longue que l’autre impactait ma façon de courir et sur mes capacités techniques. Ne pas pouvoir jouer au football comme je l’avais toujours fait, je n’avais jamais rien connu d’aussi frustrant. »

« Je m’énervais vraiment contre moi-même et je transposais cette frustration sur le terrain d’entraînement. Je ne pouvais pas me concentrer sur le travail à l’école, je n’étais pas aussi heureux que ce que j’aurais dû être et j’avais aussi d’autres problèmes. Tout s’est accumulé et je ne me sentais plus moi-même. C’était ça le pire. »

« Vous vous demandez probablement comment je m’en suis sorti. Pour être honnête, je n’ai rien fait. Je ne pouvais rien faire. Il a juste fallu que je sois patient et que j’attende que ma jambe la plus courte rattrape la plus longue. Mais entre temps, j’ai dû m’adapter à mon corps. »

« Avez-vous déjà eu à réapprendre quelque chose que vous avez fait toute votre vie ? Ce n’est pas facile. Mon équilibre et tout ce que cela implique avait été affecté. Heureusement, cela n’a pas duré très longtemps mais ça a vraiment été une époque compliquée de ma vie. »

« Au final, mes jambes sont revenues au même niveau et j’ai pu rejouer exactement comme je l’avais fait toute ma vie. C’était incroyable. Je ne me sentais plus embêté. Tout allait bien sur le terrain, je ne me comportais plus mal parce que je pouvais jouer plus au football et j’étais plus heureux parce que je débutais la plupart des matchs. Tout s’est vraiment mis en place pour moi. Au fur et à mesure, j’ai commencé à m’améliorer et à apprendre plus mais surtout à profiter plus. »

 

Merci la famille : Chris, Matty & Daddy !

« J’ai aussi eu la chance d’avoir un de mes grands frères Chris ici. J’ai toujours admiré Chris et l’ai pris comme exemple parce qu’il était déjà ici [à Conley, ndlr] quand j’étais à Hale End [l’académie, ndlr]. Il était vraiment tenu en haute estime à Colney donc je voulais toujours être comme lui.  »

« Quand je suis arrivé ici, il m’a toujours aidé. Je jouais dans la catégorie supérieure donc j’étais dans le même vestiaire que lui. Il me protégeait toujours, me disait d’arriver à l’heure, il m’a vraiment beaucoup aidé ici. »

« C’était vraiment difficile pour moi quand il a quitté Arsenal pour Benfica parce que nous avions toujours été ensemble depuis notre naissance. On avait toujours partagé notre chambre et on était tellement proche, donc quand il est parti j’ai senti qu’une partie de moi avait quitté notre foyer familial. »

« C’était dur, mais depuis tout jeune, nous nous étions toujours dit que notre rêve était de devenir les meilleurs footballeurs possibles. Moi, Chris et Matty. Tous les trois. Ensemble. Même si cela voulait dire que nous devions nous séparer, c’est ce que nous devions faire. Je savais que le moment allait arriver où nous n’allions plus être tous ensemble. Mais ça n’a pas facilité les choses quand Chris est parti au Portugal. »

« Je me rappelle que Chris était là la première fois que j’ai joué au football. Nous avons grandi à Priory Court dans l’est londonien où il y a un petit terrain en béton avec deux buts. On mettait des cônes autour du terrain et jouions tous les trois, ensemble, pendant que mon père allait au but pour nos matchs décisifs. Nous nous entraînions tous les jours et c’est grâce à mon père que nous sommes devenus les joueurs que nous sommes aujourd’hui. »

« Il nous obligeait toujours à nous concentrer sur notre technique. Il ne s’est jamais vraiment intéressé aux courses ou au côté physique du jeu, mais il nous faisait plus dribbler autour des cônes ou travailler sur l’utilisation du ballon. Je pense que c’est de là que vient ma capacité à bien contrôler le ballon parce que c’est quelque chose sur lequel nous avons travaillé depuis notre plus jeune âge. Vu que nous étions trois à peu près du même âge, c’était facile pour nous d’apprendre les uns des autres et de nous pousser mutuellement. C’est comme ça que nous nous sommes faits repérer par Arsenal. »

« Nous avons tous les trois rejoint le club quand nous étions plus jeunes, avant que Matty ne parte pour Manchester United quelques années plus tard. J’ai tellement de bons souvenirs à Hale End mais le jour le plus spécial restera celui où ils ont fait faire une visite de l’Emirates Stadium aux première année. »

 

L’ascension au contact de l’équipe première

« C’était incroyable. J’ai regardé autour de moi, les immenses gradins, le beau terrain et je me suis dit, « il faut que je joue ici ». J’ai toujours rêvé de jouer à l’Emirates donc à partir de ce jour, je me suis assuré de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour me préparer pour quand on me donnerait enfin ma chance. »

« Je me rappelle que Andries Jonker, le manager de l’académie à l’époque, nous avait dit que le dur labeur commençait dès ce jour-là. Même si je savais qu’il avait raison, je ne me rendais pas compte que je m’engageais dans des montagnes russes. Il y a un grand écart entre Hale End et London Colney – c’est beaucoup plus intense ici. Je n’étais pas prêt au début mais je me suis bien adapté maintenant et je profite de chaque seconde. »

« Tout se passe bien avec l’équipe première. La première fois que je me suis entraîné avec eux, je n’avais que 16 ans. Je crois que quelqu’un s’était blessé donc il leur fallait un remplaçant. J’ai vu Neil Banfield [ancien assistant de Wenger désormais assistant de Steven Gerrard, ndlr] arriver dans un caddie de golf et il a dit qu’ils avaient besoin d’un joueur. J’avais été bon à l’entraînement avec les U18, donc Kwame Ampadu [coach des U18 entre 2016 et 2018 désormais assistant de Thierry Henry, ndlr] m’a dit de rejoindre l’équipe première. J’étais très nerveux et je pensais naïvement que mon premier entraînement serait le dernier si je n’étais pas bon. Mais je m’en suis bien sorti et j’ai reçu un bon retour de Neil, donc ça reste une super expérience. »

« Ce jour-là, Hector est directement venu me voir. Il a évidemment parcouru le même chemin que moi, de l’académie à l’équipe première. Il est arrivé et m’a dit : « salut, Joe, ça va ? » puis j’ai vu Alex Iwobi aussi. J’ai serré la main de tout le monde puis je me suis mis dedans directement. Je ne voulais pas trop parler à qui que ce soit. Tout ce qui m’intéressait c’était de montrer ce que je savais faire. Mais tout le monde a été très accueillant et m’a montré beaucoup d’amour. »

 

Concrétiser son rêve : s’installer chez les grands

« Depuis je suis régulièrement avec eux et c’est super parce que j’apprends des tous meilleurs joueurs du monde. C’est facile pour moi de voir ce que des joueurs comme Aaron Ramsey font à l’entraînement. C’est bien de pouvoir voir comment ils gèrent les choses pour m’assurer d’être prêt pour le football professionnel. Je pense que je m’en sors bien, j’ai montré des bribes de comment je peux faire une différence dans l’équipe. Il faut juste que je continue à pousser et à montrer au coach ce que je peux faire. »

« Je suis avec l’équipe première depuis quelques temps maintenant donc je pense que je fais mes preuves à l’entraînement. Mais je dois encore leur montrer qu’ils peuvent avoir confiance en moi et qu’ils peuvent me passer la balle. Je suis encore un adolescent. Je ne veux pas qu’ils sentent qu’ils ne peuvent pas me faire confiance sur le terrain. Mais ils ont toujours eu foi en moi et j’apprécie vraiment cela de la part de ce groupe de joueurs. Ils n’ont pas peur de passer la balle à un adolescent et de nous laisser montrer ce qu’on peut faire. »

« J’ai aussi eu la chance de débuter quelques matchs et je dois vous dire que c’est un sentiment incroyable. Quand l’entraîneur te dit que tu es titulaire, c’est un rêve qui devient réalité. Ce n’est pas seulement vrai pour la première fois, ça se confirme à chaque fois que je joue et à chaque fois que je rentre sur le terrain ou que je suis impliqué dans l’équipe. »

« Il faut que je me concentre sur ma préparation avant le match quand je sais que je suis dans l’équipe. Il faut que je garde mon calme et que je me concentre sur le match. C’est quelque chose que j’ai toujours rêvé de faire: avoir mon nom sur un maillot et jouer pour Arsenal Football Club à l’Emirates. »

« Jouer devant 60.000 personnes à 18 ans était fou. C’est quelque chose que je voulais faire pour rendre ma famille heureuse. Mon père et ma mère ont travaillé tellement dur pour me donner une chance de réaliser mes rêves. Voir que leurs efforts commencent à porter leurs fruits est un sentiment incroyable pour moi. Je sens vraiment que j’ai montré ce que je pouvais faire jusqu’à présent. »

« C’est difficile d’arriver à ces moments clés sans penser à tout le travail fourni. Toutes ces nuits dans le froid à Hale End avec mon père, à regarder des matchs, à jouer des matchs, à l’arrière de la voiture au retour d’un mauvais match. Je repense à toutes ces nuits où je refusais de manger parce que j’étais trop énervé par la façon dont j’avais joué avec les U12 ou les U13. Je repense toujours à ces matchs. Ces expériences m’ont aidé à contrôler mes nerfs et ma volonté de bien faire. »

« Les fans ont aussi aidé. Ils me font sentir plus à l’aise et ça m’aide à démontrer mes capacités et mon talent. C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire, donc en jouant à l’Emirates je me sens comme à la maison. Je sais que ça a été une expérience complètement folle pour moi parce que le chemin pour en arriver où j’en suis maintenant a été fait d’allers-retours très rapides, mais je me sens à la maison maintenant. »

 

Transmettre le flambeau

« Le plus difficile pour s’adapter au football de l’équipe première, c’est que c’est très exigeant physiquement de jouer contre des joueurs plus âgés et expérimentés, des joueurs qui ont joué plus de 100 matchs en club et en sélection. C’est une expérience compliquée pour moi et la pression est importante aussi. Il ne s’agit plus de prendre uniquement les trois points dans le championnat U23. Nous jouons pour des trophées et des emplois sont en jeu. Je sens que c’est la chose la plus dure à gérer pour moi : la pression. »

« Mais d’un autre côté, cela me donne encore plus envie d’être dans l’équipe première et d’y rester. Je veux devenir un joueur régulier et jouer plus de 100 matchs pour l’équipe première. Mais je veux aussi devenir une inspiration pour les autres et montrer aux gens de quoi ils peuvent être capables. »

« Notre voie n’est pas tracée en fonction d’où on vient ou de ce qu’on a connu dans la vie. Regarder ce que j’ai traversé et où j’en suis maintenant. Je veux que les gens croient qu’eux-aussi peuvent réaliser leurs rêves. »

« Il faut beaucoup travailler pour y arriver. J’ai travaillé toute ma vie pour une chance comme celle-ci. Maintenant qu’elle est là, je ne vais pas la gâcher. Je suis prêt à montrer à tout le monde ce dont je suis capable. »  

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