La Lettre Ouverte de Lucas Torreira : retour sur le parcours de la nouvelle coqueluche de l’Emirates

Le petit Uruguayen arrivé cet été est devenu en quelques mois le chouchou des supporters d’Arsenal. Pour fêter son 23ème anniversaire, Torreira nous raconte son histoire dans les grandes lignes. 

Originaire d’une petite ville en Uruguay, le milieu de terrain n’était pas forcément prédestiné à une grande carrière de footballeur. A force de dur labeur, les opportunités se sont présentées et le nouveau numéro 11 des Gunners les a saisies avec brio. Quitter Montevideo pour l’Europe à 17 ans ou rejoindre la Celeste sans n’avoir jamais été appelé en équipe de jeunes sont autant de défis que Lucas a dû affronter. On sent que le garçon est humble, calme, très motivé et très travailleur. Exactement le genre de joueur qui correspond à Unai Emery. Le type de joueur qu’on adore tous, en espérant qu’il puisse s’épanouir le plus longtemps possible à Arsenal. Vamos pequeño gigante!

« J’ai toujours rêvé de devenir footballeur professionnel, mais il n’y a pas beaucoup d’opportunités en Uruguay. C’est ce qui rend mon histoire si spéciale. »

« J’ai grandi à Fray Bentos, une petite ville de 25.000 habitants et je viens d’une très grande famille. J’ai six frères et sœurs et des parents géniaux. J’étais aussi chanceux d’avoir beaucoup de tantes, oncles, cousins et grands-parents autour de moi. Ma première expérience du football est arrivée quand mon père et un voisin m’ont emmené jouer. »

« J’ai commencé à tout juste 3 ans. Je jouais pour 18 de Julio, mon équipe locale et l’équipe que ma famille supportait. D’ailleurs je me souviens toujours de ma première paire de chaussures – j’ai de très bons souvenirs de mon enfance. »

« Malgré la taille de la ville, on trouve du football de qualité partout à Fray Bentos. La ville compte 11 clubs de foot et les rivalités locales sont très fortes. En fait, un autre footballeur professionnel, Gaston Ramirez, vient de la même ville. »

« Je voyais très souvent Gaston quand il rentrait à la maison ou durant ses vacances. C’était un exemple pour nous tous en tant qu’habitant de notre ville qui jouait pour l’équipe nationale. A l’époque, nous n’étions pas amis mais depuis nous avons joué ensemble quand nous étions à la Sampdoria, et je peux dire maintenant que je le connais très bien et qu’il est comme un frère pour moi. »

« Je voulais marcher dans ses pas et jouer pour mon pays, mais pour faire avancer ma carrière, il fallait que je parte à Montevideo. »

« Quitter Fray Bentos pour la capitale était un saut important. A Montevido, j’ai joué pour les Montevideo Wanderers pendant un an en 2013. C’était difficile. J’ai laissé beaucoup de choses derrière moi, ma famille et mes amis. Du jour au lendemain vous perdez toutes vos habitudes. »

« Il faut se dévouer au football et continuer ses études dans une ville différente. Il s’agit surtout de s’habituer à de nouveaux rythmes. Montevideo est une grande ville avec beaucoup de monde et beaucoup de choses à faire. Heureusement ma sœur habitait à Montevideo à l’époque et elle m’a aidé à m’adapter. J’ai géré le changement grâce à mon attitude et mon sacrifice. »

Grand départ pour l’Europe

« Quand je commençais à me sentir plus à l’aise en dehors du terrain, une chose incroyable m’est arrivée. A la fin de la saison, Montevideo Wanderers a décidé d’envoyer quatre joueurs des jeunes pour un essai à Pescara en Italie. »

« Je n’étais pas dans les quatre, mais j’avais eu une bonne saison, marquant beaucoup de buts et j’avais été sélectionné dans l’équipe des jeunes de l’Uruguay, donc le club a décidé de me faire une place. Nous avons fait l’essai en Décembre 2013 et, parmi les 5, je suis le seul à être réellement parti en Europe. C’était une expérience géniale, j’ai su en profiter et maintenant cela fait presque six ans que je suis en Europe. »

« Bien sûr, c’est un grand défi de quitter l’Uruguay à 17 ans pour un autre pays, un très grand pays où ils ont leurs propres traditions et tout est différent… Mais dans ma tête je savais que c’était l’opportunité d’une vie pour moi et pour aider ma famille et toutes les personnes qui m’entourent. »

« Comme je l’ai dit, nous avons une très grande famille et à l’époque, mon père était le seul à travailler. Tout était assez difficile, mais c’est ce qui m’a donné la force dont j’avais besoin pour aller de l’avant, travailler dur, faire des sacrifices et montrer de l’engagement. »

« Si je n’étais pas parti en Europe, je ne pense pas que j’aurais été appelé en équipe nationale. Je n’avais même jamais joué pour les équipes de jeunes mais alors que je faisais une super dernière saison avec la Sampdoria, j’ai reçu un appel du sélectionneur. C’était une super journée. »

Arrivée en sélection nationale et révélation en Coupe du Monde

« Ma première sélection fut en China Cup en Mars 2018 contre la République Tchèque. C’était un rêve devenu réalité parce que chaque joueur et chaque enfant uruguayen rêve de porter le maillot bleu de l’Uruguay à un moment de sa carrière. »

« Je me rappelle juste que c’était une expérience incroyable de rencontrer et de passer quelques jours avec les joueurs de l’équipe nationale parce qu’avant ça, je les suivais à la télévision ou sur la PlayStation. Parce que c’est quelque chose que j’avais attendu toute ma vie, je pense que j’ai vraiment saisi mon opportunité. J’ai fait un bon tournoi en Chine et j’ai vite appris que j’étais dans la liste des 23 pour la Coupe du Monde. »

« L’un de mes moments préférés est arrivé lors du match contre le Portugal. Nous avons produit une superbe performance contre eux et c’était un des matchs que j’ai le plus apprécié. Il y a aussi eu un moment dans ce match où je n’ai pas eu d’autre choix que de jouer le ballon de la tête sur le sol. Je ne voulais juste pas que le joueur rentre dans la surface donc j’ai décidé d’y aller avec ma tête. La vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux donc c’était un peu fou ! »

« Ensuite, la France nous a battus et nous avons finalement terminé cinquièmes, ce qui a fait de nous la meilleure équipe sud-américaine de la Coupe du Monde. Il est important de noter que dans cette Coupe du Monde, nous avions huit joueurs qui disputaient leur premier tournoi majeur. Nous avons une nouvelle génération avec des joueurs importants dans des grands clubs. Il faut que nous apprenions à nous connaître tout en apprenant des joueurs plus expérimentés. Il faut prendre en compte et ne pas oublier ça, c’est pourquoi je suis très fier de la performance de l’équipe. »

Arrivée à Arsenal : le plus dur commence !

« J’ai donné ma vie pour mon pays et maintenant j’ai cette opportunité avec Arsenal. Cette chance est unique, tous les enfants et tous les footballeurs rêvent d’arriver dans ce genre de club. Au début tout était nouveau pour moi parce que je venais d’un autre pays, une autre vie avec un autre style de vie. Mais je suis quelqu’un de très normal, très naturel. »

« Je passe ma vie à m’entraîner et à m’améliorer comme footballeur. Je vis avec ma petite amie et parfois nous allons visiter tous les lieux emblématiques de la ville. Londres est une des villes les plus importantes dans le monde et je suis très heureux ici. Je m’adapte à beaucoup de nouvelles choses et j’espère que je pourrais rester à Londres longtemps. »

« Le climat peut être compliqué bien sûr et la Premier League est à mon avis le championnat le plus relevé au monde. Il faut être prêt physiquement et mentalement pour jouer énormément de matchs. Nous jouons tous les trois jours, ensuite il y a aussi les matchs internationaux. Il faut s’assurer d’avoir le bon régime et le repos adéquat parce que nos corps sont nos outils de travail, mais j’adore le challenge. »

« C’est aussi super de pouvoir jouer à côté de joueurs de classe mondiale. Dans le vestiaire, je suis assis entre Mesut Ozil et Alex Lacazette. Mesut et Laca sont des joueurs et des personnes fantastiques. Ils apportent cette qualité dont l’équipe a besoin. Ils dictent le tempo sur chaque action du match. Laca enchaîne les buts ce qui est très important pour nous. »

« Quand je suis arrivé au club on m’a dit que mon casier dans le vestiaire allait être entre ceux de Laca et de Mesut. Je n’aurais jamais imaginé ou rêvé de quelque chose comme ça. Je suis privilégié de vivre tout ça à 23 ans. »

« Unai Emery m’a aussi beaucoup aidé depuis mon arrivée. C’est très important qu’il puisse m’expliquer des choses en espagnol, en particulier au début quand tout était un peu plus compliqué à cause de la barrière de la langue. Unai et son staff me donne des directives en espagnol si nécessaire, ce qui m’aide beaucoup. »

« Mon premier objectif était de faire partie de l’équipe. Je pense que c’est fait maintenant. Je voulais aussi comprendre le style de jeu de la Premier League, parce qu’il est très différent du football italien. Nous avons des objectifs élevés mais mon objectif principal est de continuer à m’améliorer en tant que joueur et en tant que personne pour que mes coéquipiers découvrent le genre de personne que je suis. Je veux continuer à travailler dur. Il n’y a pas de meilleur chemin que de travailler dur. »

« J’en ai eu un joli rappel il y a quelques semaines. Après l’entraînement, je suis allé au supermarché pour faire quelques courses. Je parcourais les rayons quand j’ai vu des conserves de viande Fray Bentos. Est-ce que vous y croyez ? Le nom de ma ville dans un supermarché britannique, à plus de 11,000 kilomètres. Cela m’a fait sourire et m’a rappelé tout le chemin que j’ai parcouru. »

« Ce fût très compliqué pour moi d’arriver où j’en suis maintenant. C’est pourquoi j’en profite tellement. J’ai dû travailler tellement dur pour en arriver à cette étape de ma carrière mais pour moi, le dur labeur vient tout juste de commencer. »

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