La lettre ouverte d’Emi Martinez – “J’ai promis à mon père que je réussirai”

A 27 ans, le gardien argentin se voit enfin accorder une place d’importance au sein de l’équipe qu’il a rejointe en 2010. Un poste de doublure après un prêt réussi à Reading l’an passé. Emi revient sur sa carrière et envisage le futur avec espoir. 

“J’ai promis à mon à père que je réussirai. J’ai l’intention de respecter cette promesse.

Aujourd’hui, je suis numéro 2, mais je ne vois pas les choses ainsi. Mon but est de devenir n°1 et je continue à travailler jusqu’à atteindre cet objectif, parce que je ne me satisfait pas de ce rôle de doublure. Lors de mon prêt à Reading, j’ai connu la senssation d’être numéro 1 – et je veux y goûter à Arsenal.

Cela fait tellement longtemps que je suis là et la seule raison qui m’a fait rester, c’est parce que je suis persuadé de pouvoir être le titulaire au poste ici. J’ai toutes les qualités nécessaires.

Quand il était au club, Arsène Wenger me répétait sans cesse ‘Emi, tu es le futur de ce club.’ Je le crois aussi. Ne vous méprenez pas, j’accepte mon rôle actuel de doublure, mais mon objectif est de porter ce maillot de numéro 1.

Je suis parti en prêt l’an passé parce que cela faisait 6 mois que je m’entraînais mais que je n’avais eu la chance de jouer que deux rencontres. Je suis allé à Reading et j’ai été intégré tout de suite. C’était face à Bolton, un mardi soir, et j’ai eu cette impression d’être aussi performant que si je jouais toutes les semaines depuis des mois. Cela a montré à quel point je suis quelqu’un de professionnel.

C’était un défi pour moi parce que j’ai dû faire un choix entre Leeds et Reading. L’une des deux équipes jouait la montée et l’autre avait beaucoup de mal à l’époque. J’ai pesé le pour et contre et j’ai opté pour l’option la plus délicate parce que je voulais montrer à tout le monde ce dont j’étais capable et donner tort à mes détracteurs. Certains fans me rappelaient encore le fameux 7-5… en oubliant que je n’avais que 18 ans à l’époque. Je voulais retourner là-bas et prouver que j’avais ce qu’il fallait pour réussir.

Lors du dernier match de la saison, les fans de Reading chantaient mon nom et me demandaient de rester chez eux de manière durable. Je ne peux pas vous dire à quel point ça m’a rendu heureux, c’est ce que je veux ressentir tout le temps. Je connais mon niveau et le potentiel qu’est le mien.

C’était important de prendre du rythme et de jouer tous les matches. C’est beaucoup plus délicat quand vous ne voyez pas votre nom sur la feuille de match parce qu’un seul gardien peut jouer chaque match. Un ailier ou un attaquant peut sortir du banc et se montrer, mais la seule façon de se montrer en tant que gardien est à l’entraînement et quand on vous donne votre chance, vous vous devez d’être prêt.”

“Cela fait bientôt 10 ans que je suis ici, et j’ai dû connaître 5 ou 6 prêts. Finalement, après 9 ans au club, j’ai ce que j’ai toujours voulu. Être numéro 2 à Arsenal, quand vous savez qu’il y aura autour de 60 matches dans la saison, vous êtes certain de pouvoir jouer au moins 20/25 matches, donc il faut être patient, travailler encore plus dur et quand on vous donne une opportunité, faire tout ce qu’il faut pour la saisir.

Pendant l’été, j’ai parlé à Unai et à notre entraîneur des gardiens, Javi Garcia. Je leur ai dit que j’accepterai de rester seulement si j’avais la certitude d’avoir la chance d’être numéro 1 ici, si j’avais des opportunités de jouer et de prendre cette place.

La seule façon de s’améliorer est de jouer et de travailler dur à l’entraînement, même en tant que numéro 3 derrière Petr et Bernd. Je ne crois pas que quelqu’un bosse autant que moi à l’entraînement, c’est pour ça que je suis ici depuis presque 10 ans, mais je pense que la seule façon de progresser est d’avoir du temps de jeu en match.

C’est pour ça que je leur ai dit ‘Si vous me donnez cette opportunité de pouvoir devenir numéro 1, je resterai. Sinon, j’ai 13 ou 14 clubs qui veulent me recruter.’ C’était une décision importante à prendre avec ma famille, et nous avons fait le meilleur choix pour ma carrière. Arsenal est le club parfait pour moi.

Vous n’avez qu’une carrière, donc vous devez prendre les meilleures décisions, et j’ai la chance que ma femme et mon enfant me suivent partout où je vais. J’avais des offres d’autres clubs mais au moment de signer à Arsenal, l’objectif était de devenir numéro 1 un jour. C’est le club de mes rêves et après mon prêt à Reading, j’ai cette impression de pouvoir montrer à tout le monde ce dont je suis capable.

J’ai dit à ma famille, ‘Si Arsenal ne me fait pas confiance, il sera temps d’aller de l’avant’ mais Arsenal m’a montré beaucoup de confiance, et j’ai confiance en ce club, en ce manager. Je suis certain que nous allons réaliser une grande saison.

Je suis revenu de Reading avec le plus faible pourcentage de masse graisseuse dans le corps, avec plus de confiance que jamais et plus de puissance. C’est ce qu’il faut pour que vous soyez numéro 1, 2 ou 3. L’autre chose qu’il faut développer et maintenir, c’est votre mentalité.

Je suis sur le banc, ou je joue, chacun des matches que l’on joue. Quand j’étais numéro 3 et que je faisais partie du groupe tous les 2/3 mois, je me disais ‘Je dois être performant sinon je n’aurais jamais ma chance’. C’est un jeu mental, psychologique.

Je ne crois pas que les gens le réalisent jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Mon meilleur ami est moniteur de conduite et il jouait avec les U17 Argentins avec moi, puis avec les U20. Mentalement, il n’était pas assez fort et ne s’entretenait pas suffisamment. Il pensait pouvoir percer avec son talent seul, mais c’est loin d’être suffisant.

L’expérience joue aussi. Arsène disait souvent que les gardiens connaissaient leur pic de forme à 30 ans mais je crois être en pleine possession de mes moyens à 27 ans. Lorsque j’ai le ballon dans les pieds, pied droit, pied gauche, je me sens bien connecté avec la défense et je donne de la voix également. J’avais 26 ans quand j’ai rejoint Reading et je me suis dit ‘C’est mon dernier prêt, je n’en ferai plus. C’est Arsenal ou un départ définitif autre part’.”

“Je devais franchir un palier et montrer à quel point j’étais bon, donc je ne fais que poursuivre ce travail démarré à Reading, mais ici à Arsenal. C’est le genre de personne que je suis. Ma performance ne devrait pas dépendre du nombre de tirs que je subis, cela devrait concerner ma façon de gérer tous les autres aspects. Mon expérience dans d’autres clubs a montré que je suis capable de jouer à ce niveau.

La chose la plus importante que m’ait appris ce prêt à Reading, c’est l’arrogance sur le terrain. Pas cette arrogance qui fait de vous une personne certaine d’être la meilleure, c’est cette arrogance qui vous donne la confiance de vous montrer. Il ne faut pas montrer cette arrogance avec vos coéquipiers hors du terrain, mais seulement quand vous êtes sur le terrain et que vous devez montrer vos qualités.

Sur le terrain d’entraînement également. Je suis revenu prêt pour la pré-saison deux semaines avant tout le monde parce que je voulais être aussi prêt physiquement que possible. Matt Macey et moi nous entraînions ensemble avant tout le monde, donc quand les matches ont commencé, j’avais l’impression de m’être entraîné pendant des mois.

J’ai réalisé un arrêt contre la Fiorentina en pré-saison et deux minutes plus tard, Eddie Nketiah marquait. C’est pour ça que j’aime jouer pour Arsenal – ta contribution peut aider l’équipe de l’autre côté du terrain aussi. A la fin de la première mi-temps, je ne me disais pas ‘Je n’ai réalisé que deux arrêts’. Non, j’étais conscient d’avoir aidé l’équipe à l’emporter 1-0 ou 2-0. C’est mon boulot maintenant, réaliser les arrêts pour aider mon équipe à repartir à l’attaque.

J’ai aussi dû subir deux séances de tirs au but, et j’adore ça. Je n’ai perdu qu’une seule séance de tirs aux buts dans ma vie, face au Real Madrid, donc je suis plutôt bon dans l’exercice. C’est une méthode moderne pour les attaquants d’attendre que le gardien choisisse un côté avant de tirer ce qui nous rend la tâche plus délicate mais avec Auba et Laca, je m’entraîne avec deux des meilleurs tireurs de penaltys chaque jour. Grâce à ça, je sais aujourd’hui que je suis capable d’arrêter un ou deux tirs au but dans une séance.

Tout le monde dit toujours ‘Le gardien n’a aucune pression dans une séance de tirs au but’ et c’est vrai parce que s’ils marquent, c’est comme ça. Mais quand vous êtes dans une séance de tirs au but, en demi-finale ou en finale, tous vos coéquipiers s’attendent à ce que vous en arrêtiez un ou deux. Je ne veux jamais laisser tomber mes coéquipiers, je veux les aider à l’emporter même si c’est un match amical. J’ai célébré la victoire face à Angers comme si c’était une finale de Ligue des Champions, et j’en fais autant à l’entraînement parce que je suis un compétiteur. Je veux tout le temps l’emporter.

Bernd est pareil. C’est un mec génial, comme Matt. Avec Sal et Javi, le groupe de travail est très amical. Dernièrement, nous avions cette petite compétition à l’entraînement et la personne qui perdait devait aider Javi et Sal à ramasser les cônes et mannequins, et nous ramener des donuts de chez Tesco ! Ce sont des choses comme ça qui rendent la concurrence amusante. Nous sommes trois jeunes gardiens, talentueux et nous voulons tous la même chose: le poste de numéro 1.”

“C’est très dur de se rendre tous les jours à l’entraînement et de ne pas apprécier votre partenaire – et cela m’est arrivé par le passé, avec des gardiens qui étaient trop arrogants et ne respectaient pas les entraîneurs. Aller à l’entraînement en sachant que vous allez devoir faire face à cela tous les jours, ce n’est pas facile, donc on s’assure d’avoir un bon groupe. On va dîner ensemble aussi parce que c’est toujours bien d’avoir une bonne relation avec tout le monde. Ce sont mes amis, mais mes rivaux sur le terrain.

Quand je joue, je veux être le meilleur et je veux jouer chaque match. J’ai promis à mon père que je réussirai et j’y arriverai. C’est ce qui me guide et m’a permis de rester au top pendant toutes ces années. Je viens d’une famille pauvre, mon père ne pouvait pas m’acheter de gants quand j’étais plus jeune et certaines fois, nous ne pouvions même pas nous permettre d’acheter de la viande. 

Quand j’ai rejoint Independiente, je lui ai dit que je réussirai et c’est à ce moment-là qu’Arsenal m’a recruté. Quand j’ai signé ici, je lui ai dit ‘Je veux juste que tu sois heureux et fier de moi’ et je me suis promis de ne pas quitter ce pays avant d’être devenu numéro 1. Il est toujours dans mes pensées, à l’entraînement ou en match. Il m’appelle tous les jours, regarde tous les matchs.

Même quand je ne joue pas, il regarde les matchs jusqu’à la dernière minute pour voir si je rentre ou non. Je veux lui montrer que tout ça en valait la peine, qu’il peut être fier de mon aventure. Je ne sais pas si je serai numéro 1 demain ou dans 10 ans, mais je le serai.”

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Source : https://www.arsenal.com/news/emiliano-martinez-my-own-words

 

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