Nelson et Sancho, ou l’art de raison chez les teutons

Et si l’Allemagne était terre promise pour les jeunes talents de demain. C’est en tout cas ce que croient Jadon Sancho et la jeune pépite d’Arsenal, Reiss Nelson. 

Lié à Arsenal l’été dernier, le jeune anglais Jadon Sancho a finalement choisi de s’exiler en Bundesliga. Avec réussite. Et il a fait des émules puisque son ami d’enfance Reiss Nelson l’y a rejoint pour un an. Interview croisée des amis d’enfance par David Ornstein et Mandeep Sanghera pour la BBC. 

Le groupe Whatsapp de Jadon Sancho et Reiss Nelson fleurit de messages depuis le début de saison.

Les deux jeunes anglais – tous deux âgés de 18 ans – apprécient leur arrivée dans le championnat allemand – Sancho au Borussia Dortmund et Nelson en prêt à Hoffenheim. Et ils s’envoient des messages tout le temps, particulièrement lorsque l’un des deux a réalisé un bon match.

Et lorsqu’on sait qu’ils compilent 11 buts et 8 passes décisives à eux deux, on imagine assez bien le nombre de messages pour chambrer postés dans ce groupe de discussion.

« Je l’apprécie beaucoup, et il en est de même pour lui à mon sujet, » déclare Sancho. « Nous nous soutenons l’un et l’autre. Si je m’en sors bien un weekend, je crois que ça me pousse davantage. Ca nous motive tous les deux. J’aime voir Reiss être bon sur le terrain et je suis sûr qu’il aime aussi me voir être bon, donc c’est génial. »

Mais c’est quoi ce groupe Whatsapp, dis donc ?

Nelson et Sancho étaient tous les deux membres de l’équipe de Southwark qui remporta le championnat U-11 aux London Youth Games de 2011.

Aujourd’hui, Sancho a quitté Manchester City pour intégrer une équipe de Dortmund qui trône en tête de la Bundesliga et a, une nouvelle fois, un impact énorme sur la victoire 3-2 de son équipe face au Bayern Munich.

En prêt à Hoffenheim, en provenance d’Arsenal, Nelson a connu un débat délicat mais a depuis inscrit 6 buts en 7 matches de championnat dans une équipe installée à la 5ème place du classement allemand.

« Nous avons un groupe de discussion – avec moi, Sanch et quelques autres gars, » expliquait Nelson, dans une autre interview donnée à la BBC.

« Ce n’est pas une compétition entre Jadon et moi… plutôt quelque chose du style ‘Sanch a encore délivré une passe décisive’ avec un emoji yeux. Et ensuite, ‘Reiss qu’est-ce que tu vas faire aujourd’hui?’ et je réponds ‘T’inquiète, on s’y met.’ 

« On s’envoie des messages tous les jours et, s’il joue un jour avant moi, je vais lui dire ‘Sanch, tu sais ce que tu dois faire, alors vas-y, fais ce que tu sais faire’.

« Il m’encourage de la même façon. C’est une relation saine. On s’encourage mutuellement, mais ça n’a rien à voir avec de la rivalité. Ce ne le sera jamais. » 

Et Sancho acquiesce.

« Moi et Reiss, on a grandi ensemble, on a joué ensemble plus jeunes – on a un lien très fort. » 

« On se charrie un peu ! Quand on a joué Hoffenheim, on a fait match nul mais on sait très bien qu’il y aura toujours de la moquerie et de la plaisanterie. »

Et si les jeunes foulaient une herbe plus verte ailleurs ?

« Si les clubs anglais ne nous donnent pas notre chance, alors partir à l’étranger est une option, » nous dit Sancho. »Ils sont toujours ouverts à l’idée de découvrir tes capacités et, dans l’idéal, si tu es assez fort, tu as ta chance. C’est la façon dont je l’ai ressenti. »

« C’est la Bundesliga. Ils croient en toi, te font confiance, même si jeune. Ils ne te mettraient pas sur le terrain s’ils ne croyaient pas réellement en tes capacités. » 

« Je ne dis pas que les clubs anglais ne croient pas en nos capacités. Je dis simplement que je trouve que les clubs allemands s’intéressent à nous plus tôt que les clubs anglais. »

Récemment élu jeune joueur du mois en Octobre, Nelson ajoute: « Sanch a lancé une mode, je dirais. Je l’appelle tous les jours et il dit que nous avons en quelque sorte lancé une mode pour les futurs jeunes joueurs. »

« Je connais beaucoup de très grands talents anglais qui demandent comment est la vie en Allemagne, en Bundesliga, et je leur réponds que c’est génial. » 

« Ils croient en leurs jeunes joueurs et c’est le plus important. Sentir la confiance en toi pour simplement jouer ton jeu. » 

« Cela pourrait devenir problématique pour l’Angleterre si tous les jeunes se mettent à partir, mais d’un point de vue personne, je trouve que c’est génial de permettre aux jeunes joueurs d’avoir du temps de jeu et de montrer ce dont ils sont capables. » 

Mais alors, c’est si bien que ça de partir ?

En Août 2017, Sancho décide de quitter Manchester City pour s’engager avec Dortmund contre £10M. Et pourtant, si l’on en croit Pep Guardiola, le jeune anglais a repoussé une prolongation de contrat qu’il avait d’abord acceptée, dans le but de gagner du temps de jeu en équipe première.

« Je me suis senti prêt pour une nouvelle étape, et j’ai eu le sentiment que le Borussia Dortmund était le club parfait pour me développer et évoluer. »

« Mon jeu se développe énormément, simplement parce que je joue et que j’ai l’opportunité de montrer au monde ce que je suis capable de faire sur un terrain. » 

Reiss Nelson s’est quant à lui engagé pour un prêt d’un an en faveur d’Hoffenheim.

« Je veux toujours être le meilleur joueur possible. J’ai 18 ans et je me suis dit que la Bundesliga était l’endroit pour me challenger. Et que ce championnat me rendraient encore meilleur en tant que footballeur et également en tant que personne. »  

« Je voulais me mettre au défi et voir ce que je serais en mesure de réaliser. Cela se passe bien pour le moment. » 

« C’est incroyable. Mais je dois juste continuer. Pas seulement sur 6 matches, mais sur la saison dans son ensemble. » 

« Je ne sais pas où tout cela me mènera, mais je dois juste garder les pieds sur terre et rester positif. »

Bon ok, mais ça ressemble à quoi l’Allemagne ?

Sancho est dans une ville bien plus grande en comparaison de cette petite ville de Heidelberg, où Nelson vit.

« J’aime cette ville. Je me suis installé maintenant – j’ai mon appartement, et j’aime la vie ici, » dit Sancho.

« La ville est belle. Je fais des petits tours, j’apprends la langue aussi, donc tout se passe bien jusque ici. » 

« Mon père est avec moi pour le moment, donc il garde un œil sur moi. J’ai un chef nutritionniste – Dortmund me l’a recommandé et il m’aide beaucoup afin de rester en bonne santé et en forme. » 

« Il y a beaucoup d’étrangers dans le vestiaire donc je suppose que tout ça est normal pour eux, mais c’est bien de faire partie de ce groupe. Il y a différentes cultures et on en apprend plein de choses très différentes. » 

Nelson a momentanément échangé la folie de Londres pour une ville qui, si l’on en croit Wikipedia, ne possède qu’un tiers d’étudiants parmi la population.

« Londres est une très grande ville mais je suis dans une petite ville qui s’appelle Heidelberg, et j’y suis avec ma famille. Je suis très heureux, et je joue, donc tout se passe bien. » 

« Hoffenheim est un petit village. Ma mère et mon frère sont là – ils découvrent Heidelberg et me disent qu’ils adorent, donc c’est parfait pour moi. » 

« Je parle un peu allemand. Je prends des cours d’allemand, et ça se passe bien. Les gars me charrient de temps en temps, à cause de ma façon de parler, mais c’est sympa. » 

Et si nous savions de quoi le futur sera fait ?

L’incroyable forme de Sancho lui a ouvert les portes de la sélection anglaise. L’ailier a réalisé des débuts officiels réussis contre la Croatie, le 12 octobre dernier.

« J’ai surtout l’impression de faire mon boulot, je ne me vois pas comme la prochaine pépite. Je ne suis là que pour faire mon taff et je veux juste jouer – j’ai vraiment l’amour du jeu. » 

« Je pense que je peux aller loin si je reste constant, mais je dois garder les pieds sur terre et rester concentré. » 

« Pour le moment, je me concentre sur la saison, sur chaque match de la saison. Je ne pourrais rien vous dire du futur. Mais j’espère obtenir d’autres caps avec la sélection, ce serait fantastique pour ma famille et moi. Je dois juste continuer à travailler dur, et on ne sait jamais ce qui peut arriver. » 

Nelson a décidé de rejoindre Hoffenheim pour un prêt d’une saison et les fans d’Arsenal peuvent se sentir tranquilles lorsque le jeune attaquant parle de son futur.

« Arsenal est mon club d’enfance. J’y suis depuis mes 8 ans, donc ça fait 10 ans. » 

« Je veux juste revenir plus fort parce qu’à Arsenal, à 16, 17 ans, je n’avais pas cette confiance en moi. » 

« Je ne me sentais pas être un homme, mais maintenant je me sens plus fort, et je pense que cette année à Hoffenheim me rendra encore plus fort et me donnera la confiance pour revenir à Arsenal et m’imposer. » 

« Je veux être une légende d’Arsenal. Et de la sélection anglaise, c’est le plus fort. Vous ne pouvez pas faire mieux que de jouer pour votre pays. »

Retrouvez l’article original sur le site la BBC.

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